Pourquoi le trimestre à venir serait possiblement assez froid?
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Article N°21836

Pourquoi le trimestre à venir serait possiblement assez froid?

En référence à la précédente tendance saisonnière postée https://extreme-meteo.tvlocale.fr/n31-france/article-tendance-saisonniere-reactualisee-des-4-prochains-mois.html?id=22009, différents facteurs expliquent les raisons qui nous incitent à annoncer un trimestre janvier-février-mars parfois assez froid. Les raisons sont à chercher aussi bien au niveau des indices atmosphériques, que des analogies de cycles météo et climatiques ainsi que des modèles saisonniers favorables à de possibles séquences froides. 

L'analyse à venir va être quelque peu technique mais nous allons essayer de vulgariser un maximum. 

1) Les indices 

. La QBO
2016    9.34    6.77    3.16    0.64    2.37    3.86    6.25   10.07   10.48   12.83   14.16   15.09
2017   14.92   14.78   14.35   13.88    8.01   -3.18  -10.48  -14.42  -15.28  -16.79  -17.20  -18.12
2018  -19.02  -19.37  -19.77  -21.41  -24.23  -28.45  -29.10  -20.41   -9.91   -2.79    3.36 -999.00

Les 3 lignes précédentes, montrent où en est l'oscillation quasi-biennale dans la stratosphère. En phase négative, l'orientation à 30 km d'altitude est d'est à ouest alors qu'en phase positive, l'orientation est inverse d'ouest à est. En période transitoire comme cet hiver à venir, le changement vers le bas avec la diffusion progressive se fait de 1 km par mois. La diffusion se ralentit en arrivant dans la plus basse stratosphère.
Actuellement, la QBO reprend une orientation d'ouest en est jusqu'à environ 40 HPA dans la stratosphère. De 50 à 100 HPA, l'orientation reste d'est à ouest. Cette phase transitoire vers ce qu'on appelle une QBO+ ouest, engendre d'après les statistiques fréquemment des afflux de chaleur dans la stratosphère durant les hivers concernés. Les afflux de chaleur dans la stratosphère, peuvent se rediffuser vers le bas c'est à dire vers la troposphère, et favoriser des cellules anticycloniques qui peuvent s'ériger aux hautes latitudes. Ainsi avec des cellules anticycloniques aux hautes latitudes, le potentiel de descentes froides aux latitudes moyennes augmente. 
Les hivers à QBO transitoire, ont des chances augmentées de voir ce qu'on appelle un réchauffement stratosphérique majeur précoce pouvant aboutir à des vagues de froid à des latitudes moyennes de l'hémisphère nord.

Cela nous ramène à observer actuellement l'état de la stratosphère, le vortex polaire stratosphérique connait actuellement des réchauffements successifs notamment côté Pacifique, celui-ci étant comprimé au dessus de l'Eurasie. 

A venir un réchauffement stratosphérique possiblement très important qui s'enclenchera dans quelques jours vers le 20 décembre (au dessus de la Sibérie Orientale). Il devrait de plus en plus prendre corps d'ici le nouvel an avec même possiblement des valeurs positives de températures à 10 HPA. En arrivant au 27-31 décembre, ce qu'on appelle les vents zonaux, pourraient connaître un renversement avec un circulation d'est qui se mettrait en place toujours à 10 HPA. Le graphique ci-dessous, est éloquent. Depuis hier, quelques scénarios de "splitting event" commencent à apparaître ce qui se traduit par une séparation du vortex polaire en 2 lobes séparés. Cela pourrait favoriser très rapidement tout début janvier des hautes pressions aux hautes latitudes, pouvant enclencher des descentes froides aux latitudes moyennes. Cela reste largement à préciser dans les prochains jours. 

Précédente publication : (Au delà de début décembre, il est compliqué de faire une prévision mais il faut s'en référer aux chances accrues de chamboulement du vortex polaire à horizon janvier ou peut être même fin décembre.). Comme vous le voyez, nous avions déjà évoqué le "probable" scénario à venir.


El Nino et PDO
L'influence du phénomène El Nino qui se met en place actuellement sur le Pacifique, est peu évidente pour l'Europe surtout lorsque le dit phénomène devrait être d'intensité faible à modérée. Son influence est par contre indiscutable sur d'autres continents qui par ricochet, peut orienter un peu l'emplacement des centres d'action au dessus de l'Atlantique et de l'Europe. 

L'on voit un réchauffement progressif des eaux de surface du Pacifique est près des côtes sud américaines. Le réchauffement reste largement ténu avec pas véritablement d'augmentation d'intensité du phénomène.

Sur la zone 3.4 Pacifique la plus représentative pour qualifier si on est en présence d'un phénomène El Nino, d'une Nada ou de la Nina, l'on voit que les projections dans les prochains mois font état bel et bien d'un El Nino faible à modéré qui aurait tendance éventuellement ensuite à faiblir à la fin de l'hiver. Cela nous amène pas de grandes indications pour l'Europe. 
A noter que l'atmosphère a toujours beaucoup de mal à retranscrire réellement les conditions El Nino. 

Par contre si l'on corréle à un autre indice qui est la PDO (oscillation décennale du Pacifique), l'on retrouve possiblement un marqueur de régime de temps au dessus de l'Atlantique et de l'Europe. La PDO est assez largement négative depuis février 2019 avec une récurrence de blocages anticycloniques au dessus de l'Alaska se diffusant par séquences sur l'est du continent américain. Cette PDO négative pourrait persister dans les mois à venir, ce qui montre d'ailleurs que l'atmosphère terrestre a du mal à complètement se mettre en mode El Nino signe aussi d'un phénomène faible à modéré comme évoqué précédemment. 


Source : http://la.climatologie.free.fr/enso/enso-pdo3.htm

D'ailleurs, la PDO négative tendrait à amoindrir le phénomène El Nino.

Quand on reprend les réanalyses, l'on s'aperçoit qu'une PDO négative accompagnée d'un El Nino faible à modéré, favorise l'implantation des hautes pressions aux hautes latitudes en hiver notamment entre Groenland et Scandinavie. De plus dans un contexte de QBO transitoire avec une faible activité solaire, on se retrouve avec un potentiel de flux méridiens et de blocages anticycloniques important. 

Sur Novembre, la PDO est restée largement négative à l'image d'octobre 

. La TNA (Tropical Northern Atlantic Index)





La TNA entame une nouvelle baisse après une légère remontée courant de l'automne. En général, une TNA positive favorise plutôt des conditions NAO- durant l'hiver avec donc des hautes pressions nordiques. On n'a pas non plus quelque chose de très marqué au niveau de cet indice donc pas beaucoup d'enseignements à retirer.

. Les SST (températures de surface des mers et océans)


Il est important d'observer les anomalies de températures à la surface des mers et océans. Pour optimiser des coulées froides sur les continents, il est préférable que les masses d'air circulent sur des surfaces plutôt froides. Pour l'heure, de la mer du Nord jusqu'aux pôles, les anomalies sont positives ce qui augure qu'un flux polaire maritime aurait tendance à être altéré. Les anomalies de températures de surface des océans dépendent beaucoup aussi de conditions conjoncturelles et des régimes de temps. Si des masses d'air froid s'installent sur l'Europe du nord et vers le Pôle, la situation peut vite changer. Il faut rappeler que l'Europe du nord a été fréquemment concerné par des conditions anticycloniques avec des températures souvent largement supérieures aux normes ce qui a entretenu des mers chaudes. Cet indice est important mais rien est définitif.

. L'enneigement sibérien 

L'enneigement en cette mi décembre est plutôt conforme à la normale sur la Russie notamment et s'est plutôt pas mal étendu depuis 1 mois, on a un enneigement plus important que la normale vers les Balkans mais plus faible sur l'Europe de l'est. L'on rappelle que des surfaces enneigées, favorise l'établissement d'anticyclones thermiques permettant de consolider le froid sur place, avec une intensité devenant de plus en plus forte. Un bon enneigement en Europe de l'est et en Sibérie, permet en cas de flux continental, d'avoir un drain plus froid à 1500 mètres d'altitude. Les réserves d'air froid doivent être constituées à la fois près du Pôle et en Sibérie. Il faut prendre tout de même conscience que le réchauffement climatique diminue tout de même l'intensité des masses d'air froid. 


. L'activité solaire

Nous sommes actuellement dans le cycle solaire 24 qui poursuit inexorablement sa courbe descendante avec des taches solaires absentes. En 2020 environ, nous atteindrons le creux effectif de ce cycle solaire. La corrélation activité solaire faible et refroidissement des températures terrestres, n'est pas si évidente mais par contre il semblerait y avoir une corrélation plus importante entre particules solaires et état de l'atmosphère dans l'hémisphère nord durant l'hiver. A ce jour, le nombre de particules solaires reçu baisse car qui favoriserait plutôt des synoptiques méridiennes type NAO- (ou ondulations anticycloniques sur l'atlantique). Le rapport est loin d'être évident car nous ne sommes pas au encore au creux de la réception des particules solaires. 


Nous ne parlerons pas de l'état du vortex polaire troposphérique et de la MJO (oscillation de Madden Julian) qui interviennent à moyen terme sur les configurations en terme de régime de temps à l'échelle hémisphérique. Seulement au fil des semaines nous amenant à l'hiver, ces observations et indices nous conforterons ou pas dans l'orientation possiblement hivernale émise. 
Le vortex polaire troposphérique peut très vite évoluer au gré justement de la MJO qui l'influence, et d'autres paramètres (afflux de la chaleur provenant de la stratosphère). 


2) Les analogies de cycles 

En météorologie et plus encore en climatologie de tout temps, les cycles ont régi et fasconné des périodes avec des régimes de temps bien identifiés. C'est notamment valable pour l'Europe. Ces cycles n'ont pas disparu du tout bien au contraire même si l'on s'évertue à ne souligner que le réchauffement climatique moderne. Le réchauffement climatique tout à fait indéniable, n'efface aucunement la survenue de ces cycles qui peuvent être longs ou bien plus courts. 
Tous les cycles ont été bien analysés et sont présentés à travers les travaux de notre collègue Stéphane Fievet http://meteone.pagesperso-orange.fr/ qui a fait des recherches spécifiques. Nous n'inventons rien du tout mais nous prenons en considération ces cycles.

Cette année 2018 fait l'objet justement de conditions anticycloniques récurrentes depuis mai sur le nord de l'Europe et d'une manière plus générale l'Europe dans sa quasi globalité (hormis le sud-ouest de l'Europe davantage à l'écart). Cela correspond à un cycle bien identifié appelé "cycle de Brezowsky" qui revient périodiquement tous les 21 à 23 ans. 
Le dernier épisode correspondant à un blocage de Brezowky, s'est étalé de l'automne 1995 jusqu'à fin 1997. Cette période a été favorable à ce qu'on appelle des flux méridiens, à un hiver 95-96 modérément froid et surtout peu ensoleillé, à une vague de froid entre le 23 décembre 96 et le 8 janvier 97. De plus, l'activité solaire était faible durant cette période ce qui a favorisé ces périodes froides. 
On retrouve même une correspondance entre l'été 1997 et celui qu'on vient de connaître avec un début très orageux et ensuite une montée en cadence vers une forte chaleur. Donc les analogies, on peut les retrouver aussi bien pour les hivers que pour les étés. 

La réanalyse de la période décembre 1995-novembre 1997 est instructive et montre l'implantation récurrente des hautes pressions sur l'Europe du nord, marqueur du cycle de Brezowsky. Sachant que la présente récurrence a débuté en mai, il est légitime de penser que le marqueur aux hautes pressions sur l'europe du Nord sera présent cet hiver, corrélé aux indices explicitées auparavant plutôt favorables à des blocages anticycloniques nordiques. 

Arrêté au 13 décembre et débutant le 1er mai, le cycle de Brezowsky montre bien cette année cette implantation robuste des hauts géopotentiels sur la Scandinavie avec des basses pressions obligées de passer fréquemment sur la Péninsule Ibérique et en méditerranée. 

3) Les modèles saisonniers

Première modélisation
: La synthèse des modèles de Météo France - CEP européen - MetOffice anglais - CMCC et DWD sur le trimestre janvier-février-mars montre l'implantation des hauts géopotentiels entre Groenland-Scandinavie et nord de la Sibérie. C'est un signal clair allant vers des conditions de blocage anticyclonique et NAO- (la NAO- pour rappel consiste en la présence de hautes pressions près du Groenland et de basses pressions près des Açores). On voit une omniprésence des basses pressions plutôt vers le sud de l'Atlantique. On retrouve d'ailleurs le découpage d'une PDO- couplée à El Nino. Tout sauf un hasard a priori. Dans cette configuration, le pays peut être exposé à des descentes froides ou des flux continentaux d'est. 


Deuxième modélisation : Pour le CANSIPS canadien, on retrouve des conditions propices surtout sur février avec l'installation d'une NAO- et/ou des blocages anticycloniques scandinaves. Janvier garderait une dominante "zonale" plus douce entre courant d'ouest perturbé et conditions anticycloniques. 

Troisième modélisation : Le CFS est à quelque peu à rebours des autres modélisations avec des conditions NAO+ prédominantes durant l'hiver sur l'Europe. Cependant quand on regarde de plus près mois par mois, on voit tout de même que des hautes pressions tendraient à s'installer sur février près du Groenland et éventuellement sur le nord de la Scandinavie. Donc le signal NAO+ lissé à 3 mois n'est pas si clair que cela. Au fil des modélisations, CFS évolue et tend à se rapprocher des modèles précédents et ce n'est certainement pas terminé. A noter que ce modèle saisonnier n'a pas notre préférence et est regardé surtout en comparaison des principaux. 

D'autres modèles présentent leur similation comme IRI et JMA, et sont aussi assez favorables à un hiver dans les normes ou légèrement plus froid que la normale avec un potentiel de séquences froides. Donc à l'unanimité, on retrouve des modélisations mettant en exergue la probabilité de coups de froid éventuellement vagues de froid durant l'hiver à venir (mais plus sérieusement sur janvier et plus encore février comme indiqué dans notre tendance saisonnière). 

Il s'agit de surveiller les prochaines modélisations car rien est immuable mais la probabilité d'un trimestre janvier-février-mars dans les normes ou légèrement plus froid, est importante. Attention l'on ne cesse de répéter qu'une saison n'est jamais linéaire, des périodes de froid peuvent être interrompues par des périodes de douceur. Les conflits de masses d'air semblent pouvoir aussi se manifester avec possiblement de la neige en plaine assez régulièrement. 

Nous avons fait un tour d'horizon le plus complet possible sachant que tout ne peut pas être abordé dans le détail. 



 

Fabien DELACOUR

Lien :http://www.extrememeteo.fr/

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