L'ouragan Martin du 27 décembre 1999, éternel oublié des tempêtes du siècle
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Article N°22057

L'ouragan Martin du 27 décembre 1999, éternel oublié des tempêtes du siècle

On ne présente plus les deux tempêtes qui ont ravagé l'ensemble du pays les 26 et 27 décembre 1999. La première, Lothar, ravage la moitié nord du pays avant que le lendemain Martin prenne la relève, frappant cette fois-ci la moitié sud. Beaucoup moins médiatisé, Martin a pourtant lourdement frappé l'Aquitaine et surtout le centre Ouest, de l'estuaire de la Gironde au littoral vendéen, tuant 13 personnes en Charente-Maritime. C'est sur lui que nous nous attarderons ici, notamment sous l'angle inédit des phénomènes convectifs qui accompagnent très souvent les systèmes tempétueux  :



Le 26 décembre, la portion nord de nos régions subira en guise d'apéritif les effets atténués de Lothar sous la forme d'une classique tempête qui occasionne déjà quelques dégâts notamment dans la Vienne où le parc de Blossac sera fermé à Poitiers suite à la chute de quelques arbres.

Mais c'est le lendemain 27 décembre que le cataclysme se déclenchera. Un nouveau système baptisé Martin se développera en mer avant d'aborder le golfe de Gascogne. Contrairement à ce qui s'est passé pour Lothar, le creusement de celui-ci alors qu'il était encore en mer a heureusement permis aux prévisionnistes de Météofrance de lancer l'alerte, rapidement relayée par les capitaineries. On sait par ailleurs que ces terribles tempêtes conduiront Météofrance à mettre en place dès 2001 ses cartes de vigilance.
Dans le courant de la journée vers 17 h 30-18 h, Martin s'abat donc sur les deux Charentes et la Gironde avant de continuer ses ravages dans les terres plus à l'Est et jusqu'en Corse. Au plus fort du creusement, la pression descend jusqu'à 963 hPa. C'est la Charente Maritime qui subira les plus gros dégâts. L'anémomètre de Chassiron bloqué sur 198 km/h, 194 km/h à Royan Médis (aérodrome), 166 km/h à Biscarrosse, 173 km/h au cap Ferret, 148 km/h à Limoges entre autres valeurs de vent extrêmes, 13 morts en Charente Maritime, plus de 8 milliards de francs de dégâts, 330 000 foyers privés d'électricité, des sans-abri qu'on a du reloger, un patrimoine forestier très durement touché..., tels sont les dégâts de cet ouragan de force 12 aux conséquences incalculables. A tel point qu'on aurait évoqué pour la Charente Maritime la possibilité de mise en oeuvre de la procédure d'indemnisation TOC (tornade, ouragan, cyclone) alors en vigueur dans les DOM/TOM (source : Sud-Ouest). 50 millions de F de dégâts sont mentionnés pour la seule Charente.
Le système s'est déplacé très rapidement, à une vitesse de plus de 100 km/h. Sur la Saintonge, cette tempête se caractérisera non seulement par des vents très violents même dans les terres, mais aussi par leur constance avec un vent moyen extrêmement élevé lui aussi, quasi équivalent aux rafales maxi. Ce phénomène peut être du à un abaissement exceptionnel du jet stream (ou courant-jet cf. définition) au niveau du sol. Météofrance et le CNRM évoquent également des sortes de "jets secondaires" qui peuvent se former au sol dans certaines conditions (voir références plus bas).
Cette tempête a tellement marqué nos mémoires que pendant longtemps elle aura occulté chez les témoins, par une sorte d'éblouissement mnémonique, le souvenir d'autres évènements violents notamment convectifs, RD et tornades chronologiquement proches. Nous ne pouvons évidemment nous étendre ici sur sa globalité dont l'exposé exhaustif des dégâts prendrait trop de place. Seuls nous intéresseront ici les divers aspects convectifs et évènements localisés liés à ces tempêtes, développés plus bas. Car ce que l'on sait moins, c'est qu'elles ont été -aussi- escortées d'orages et de probables phénomènes convectifs, dont plusieurs sont soupçonnés en Saintonge...

   
Dégâts dus à Martin à La Rochelle - Clichés Marc Rauch


Alors maintenant, penchons-nous sur cet évènement sous l'angle des domaines qui nous intéressent en priorité : les orages et tornades.

On sait depuis longtemps que des orages peuvent se développer tels des poissons-pilotes dans le sillage des tempêtes ou l'avant de celles-ci. Les ciels de traîne actifs en flux de SO avec jet puissant sont même déjà reconnus comme situation tornadogène hivernale récurrente, coutumière des régions littorales telles la nôtre. De même les orages préfrontaux. Mais ces développements restent aussi tributaires de conditions météorologiques précises, lesquelles conditions ne se réunissent pas forcément dans tous les contextes tempétueux. Ainsi Xynthia en 2010 n'a-t-elle pas été accompagnée de manifestations orageuses significatives.
Alors qu'en est-il sur le plan convectif en cette fin décembre 1999 ?
Rappelons tout d'abord que le 25 décembre 1999, la veille donc de l'arrivée de Lothar, une tornade d'intensité F2 frappait Cardonville dans le Calvados. Un bien triste Noël pour les gens de cette localité... Ici toutefois, le système tempétueux Lothar s'étant formé très brutalement, le rapport direct entre ce dernier et la survenue de cette tornade la veille à 12 h 30 TU ne serait pas vraiment établi.

      
Carte des valeurs maximales de vent enregistrées le 27/12/1999 - © Météofrance  /   Trajet suivi par le centre dépresionnaire de Martin le 27/12/1999 - Source : Météopassion.com (source d'origine inconnue)  Il faut rappeler que les vents les plus violents d'une tempête soufflent non pas au coeur dépressionnaire, mais dans la zone des premières centaines de kilomètres immédiatement au sud de ce dernier. Ainsi par exemple si le coeur de la dépression passe à La Rochelle, c'est l'Aquitaine qui va subir les vents les plus violents. Ici on voit donc que c'est le centre ouest qui a pris de plein fouet les plus grosses rafales.


Concernant Martin, les manifestations orageuses électriques ont été bel et bien présentes ce 27 décembre mais sont restées très discrètes avec un potentiel général (ressources en énergie) peu élevé. Des orages ont été signalés à l'approche de la tempête et des cumulonimbus observés en Saintonge mais ce contexte a priori peu favorable aux manifestations orageuses spectaculaires et aux tornades nous a longtemps fait négliger cette piste. Depuis quelques années cependant, l'observation à maintes reprises de développement de tornades dans des contextes peu électriques et des potentiels peu élevés, ainsi que l'hypothèse fortement étayée que des supercellules LT pré-frontales puissent demeurer indétectées aux radars nous font reconsidérer ces questionnements à propos de ce qui a pu se passer le 27 décembre.

Or justement, en Saintonge et peut-être ailleurs, au matin du 28 décembre on a relevé des dégâts dus à une possible forte tornade sur la route allant de Saintes aux Vals de Saintonge, avec des peupliers complètement vrillés et surtout (et c'est ce dernier détail qui peut être déterminant) transportés à plusieurs dizaines de mètres de leur trou. Des témoignages parus sur les journaux rapportent également des toitures intégralement soulevées et emportées en quelques secondes... S'il est bien sûr impossible qu'une tornade ait pu se développer pendant la tempête, la chose aura donc pu être possible avant ou après.
Un cas de figure, rappelons-le là encore, beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit : la ou les tornades survenant dans ce type de contexte peuvent en effet passer paradoxalement inaperçues (même des cas puissants), les gens restant cloitrés chez eux à cause de l'alerte tempête, et leurs dégâts se retrouvant noyés dans ceux de la tempête ce qui rend leur identification difficile.
Toutefois rappelons que les vents tempétueux eux mêmes peuvent, par de subtils comportements qui s'expliquent par la physique des fluides, créer des phénomènes tourbillonnaires notamment lorsque le relief très local leur font changer de sens. De même les vents violents convectifs linéaires se comportent-ils eux aussi de façon très complexe, créant des turbulences lors de leur arrivée au sol et laissant sur leur passage des dégâts que l'on pourrait facilement attribuer à des phénomènes tourbillonnaires comme le vrillement des arbres.
La nature exacte de ces évènements du 27 décembre 99 reste donc à déterminer mais leur éventualité en tant que phénomènes tourbillonnaires n'est pas totalement à écarter.


En savoir plus sur les deux tempêtes des 26 et 27 décembre 1999 :

- Dossier- questions/réponses par un professionnel de Météo-France (cnrm.meteo.fr) sur les tempêtes, à partir de l'exemple des tempêtes de 99
- Dossier pédagogique publié sur le site Planet Terre de l'ENS-Lyon.
- Dossier de Marc Rauch, sur météo17aunis : nombreux renseignements techniques intéressants sur cet évènement au niveau de la Charente Maritime. Sur ce même site on peut voir une série de clichés pris par l'auteur, dont font partie les deux photos reproduites ci-dessous.
- Dossier sur l’évènement, vécu de La Rochelle, où l'auteur prend d'abord soin d'évoquer d'autres tempêtes précédentes avant d'aborder un récit palpitant à la fois descriptif et analytique, enrichi de son témoignage personnel.
- Bulletin météo du 27 décembre 1999, alors que la tempête Martin passait déjà sur la portion sud du pays.
- La tempête du 27/12/99 vécue à Royan, vidéo amateur avec extraits du JT de France 2 en illustration sonore


Nicolas BALUTEAU

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